Je me suis réveillée ce matin en goutte de pluie. Bercée dans l’antre de mon lit, je n’éprouvais ni tristesse ni mélancolie à en avoir mal au ventre. Une goutte d’eau. Seulement cela, je me suis transformée. Ensuite, je me suis accoutumée au drap, le salissant de mon être mort depuis longtemps. J’ai laissé une trace, désolée, je ne suis qu’une gourde. J’irai me faire fouetter. Il sera là, prêt à accomplir sa lâcheté. Je n’ai plus mal désormais, je ne sens rien, même plus le vent. Dans les toilettes de l’école, je prends un rail de coke, ça me semble tellement bon, tellement fou, tellement vivifiant. Je me sens vivre en me tuant.
- Qu’as-tu à offrir ?
- Le néant.
Viens, on s’y perd, on s’y noie, t’aimes ça n’est-ce pas, quand je passe ma langue sur le vide dimensionnel qui t’habite, sur tout ce qu’on ne représentera jamais l’un pour l’autre. J’ai appris à te détester, toi l’Homme, toi, être intelligent, soi-disant, peut-être pas tant que ça finalement. J’ai laissé pousser un arbre dans le creux de mon bras. Tu l’as vu ?
- Ingrate ! dis-je au mur.
C’est là que cela m’est apparu pour la première fois. La lumière sous le lit. Je ne sais pas, moi je flippais dans mon coin, sous mes draps, je ne disais rien. Je bougeais mes jambes, ça me soulageait, j’peux pas l’expliquer. Je suis une disparue. Aux yeux des autres, je n’existe pas, ce n’est pas moi, mais cette fille qui ne me ressemble pas. Dans le miroir, ce n’est pas moi que je vois, est-ce que tu peux le comprendre ça ? J’ouvre ma boîte à outils. Une lame, c’est joli. Je coupe quelques mèches noires, caresse ma peau blanche, je fais l’amour au mal-être de ne pas être quelqu’un d’assez important. Pour quelqu’un.
- Tranche ! entendis-je.
J’ai peur du sang. Maman, t’es où ? J’te vois pas. Je tire sur mes cheveux, ça m’aide à oublier la douleur d’une plaie qui suinte. Suis-je folle ? Qu’est-ce qui ne va pas chez moi ? J’aimerais être comme toi.
- Pourquoi tu n’enlèves pas ton gilet ? demanda ce petit être ignorant.
- Tu ne connais rien des lendemains, toi.
- Quoi ?
- Ta gueule.
Ce fut bref et écœurant. Je crois que je fais une allergie aux gens. Ça me donne des boutons. J’peux pas m’en défaire, c’est juste trop ancré en moi, et voilà, j’ai une sale gueule quand j’me lève le matin. Je préfère être une goutte d’eau, y’a pas le souci d’être belle au petit matin car au moins tu es uniforme. Quand je suis allée me balader au plafond de la toile d’araignée intégrée dans mon cerveau, je crois que je m’y suis paumée. C’est que c’est bourré de fils ce truc-là, de recoins et en plus, t’es la victime. Un jour, on m’a piquée, paraît que c’était pour ma santé mais j’me suis coupée avec une lame dégueulasse et rouillée, je l’avais trouvée à terre, elle m’a semblé tellement… adéquate.
Un cancer me bouffe le cerveau. Je vais mourir demain.
- Tu m’emmènes où ?
- Chez les damnés.